Chevalier de l’ordre national du Mérite

Voici l’allocution prononcée par M.Henri Leclercq, ambassadeur de France en Andorre, le lundi 20 octobre 2000 à l’occasion de la remise des insignes de chevaliers de l’ordre national du Mérite à  M.Jacques Muller.

Chevalier de l'Ordre National du mériteCe mérite, supposant que je le mérite,  je le dois à mes parents et peut être plus spécialement à mon pére, à qui je dois ce parcourt professionnel. C’est peut être lui qui aurait du avoir cette distinction. J’étais trés fier qu’il soit là car ce jour là j’aurais voulu lui dire ” Papa, merci”, mais ce mot tant attendu par lui même n’a pu sortir de ma bouche …. Quand je suis rentré en apprentissage, il n’était plus question que j’appelle mon père “Papa “. Le mot d’ordre était “chef “,  “oui chef”  “non chef “. 6 ans d’apprentissages avec mon pére m’ont retiré complétement l’appelation familiale.
Mon pére a fait son apprentissage au Lutécia a Paris puis a travaillé au Palais d’Armenonvil et au Café de Paris tout cela en cuisine. Puis il a fait un apprentissage dans une grande patisserie à  épernay en champagne. Il a été maître chocolatier; il m’a instruit une partie de son savoir et m’a permis d’évoluer dans ce métier. Merci “Chef ” Merci “Papa” .

Mesdames,Messieurs,
Je vais avoir, dans quelques instants, l’honneur et le plaisir de remettre à M. Jacques Muller les insignes de chevalier de l’ordre national du mérite, décoration qui lui a été décernée par le president de la république française sur proposition du ministre des affaires etrangéres .
Je suis heureux que vous soyez, à cette occasion, nombreux à vous être réunis autour de lui, heureux que vous lui témoigniez ainsi votre estime et votre amitié, heureux que vous soyez venus partager la joie et la fierté légitime que Jacques Muller et sa proche famille, qui est ici avec nous, peuvent éprouver en cet instant. En plus de la phalange des amis présents, beaucoup d’autres encore étaient attendus. La distance et leurs obligations professionnelles les ont malheureusement empêché de venir. Mais je sais par les messages que nous avons reçus en réponse à nos invitations combien ils regrettent de n’être pas là, et aussi combien leurs pensées sont présentes en ce jour. Ces pensées nous viennent de France, d ‘Espagne, des Etats -Unis et d’autres lieux encore. J’ai noté qu’elles traduisaient, par-delà les fraternités de métier ou de complicités gustatives, de véritables sentiments d’attachement personnel .
Permettez-moi maintenant, de rappeler les raisons qui valent à Jacques Muller de recevoir cette distinction. Qu’il se rassure, je le ferai en ayant soin de respecter la modestie que chacun lui connait, et qui l’ honore.
J’évoquerai, successivement, l’homme de métier, l’artiste et, pour finir l’homme tout court.
L’homme de métier, tout d’abord; la cuisine est pour vous, Jacques Muller, une vocation. Vous la découvrez au berceau, vous y faites vos armes; jusque, y compris, pendant votre service militaire; et vous ne la quittez plus. Vous la servez toute votre vie et, allant de succés en succés, vous l’illustrez, tout d’abord au pied des Puys du massif Central, à Clermont-Ferrand, où vous êtes né et à Vichy, et maintenant, depuis neuf ans, au pied des escarpements des Pyrénées Andorranes, à Sant-Julia de Loria.
Je note au passage que les montagnes ne vous effraient pas. Vous avez effectué votre service militaire au 13 éme bataillon de chasseurs alpins, à Chambéry, puis en Algérie , à Tizi-ouzou, en Grande Kabylie où “popotier” au mess des officiers , vous avez eu le privilége de servir des Généraux de grandes réputations. La montagne vous a enseigné la patience, la rigueur, la ténacité et ce besoin  d’aller toujours au-dela, quête et volonté qui sont le moteur de l’accomplissement personnel et professionnel.
Je voudrais aussi mentionner vos maîtres a penser. Auguste Escoffier, Pierre Troisgros, Giraudon, Meunier, votre pére, auprés desquels vous avez appris, qui vous ont parrainé et aux côtés desquels, ayant reçu vous -même la distinction de Maître Cuisinier de  France. C ‘était en 1982 il y a 18 ans de cela. Vous avez siégé au sein de quelques jurys.

Mais le premier de maître, celui auprés duquel vous êtes entré en apprentissage à l’âge de 14ans, ce premier maître lui-même chef de talent et titulaire d’une étoile au guide Michelin, ce fut et ce reste votre père, AlbertMuller, dont je salue ici la présence et dont je ne saurais trop dire combien je suis heureux qu’il ait pu venir aujourd’hui auprés de vous .
Cet apprentissage a décidé de votre vie, même s’il fut à ses débuts, m’avez-vous dit ” dur…dur”. Ne fallait-il, en effet, dans les cuisines du restaurant  “Le Gambrinus”, cesser d’appeler votre père  “papa” mais dire, comme chacun , “chef”.
Encore une fois, la rigueur et le professionnalisme, joints à l’ amour du métier, vous aurons ouvert la voie à partir de laquelle le talent peut éclore. Talent qui n’a pas tardé à se manifester et à être bientot reconnu. L’étoile qui est venue couronner le restaurant dont vous avez été le créateur à Vichy  “Le Violon d’Ingres”, en a apporté la consécration. Mais déja, les deux restaurants où vous aviez précédemment exercé vos talents ,comme chef de cuisine, avaient eux même été distingués par une étoile.
Au cours de cette période, vous avez vu s’ouvrir à vous les portes de quelques associations professionnelles et gastronomiques renommées; vous avez recueilli de nombreux prix et vous êtes devenu membre de divers jurys. Vous avez aussi apporté votre concours aux établissements d’enseignement hotelier et vous avez été nommé conseiller d’enseignement de l’Education National.
De “la Guingueta”, où vous poursuivez aujourd’hui votre trajectoire, je ne dirai rien car il me faudrait plutot laisser la parole à tous ceux qui vous entourent et dont la présence témoigne , mieux que je ne pourrais le faire, de la renommée qu’elle s’est acquise. Dans les fonctions où je suis , je ne peux manquer cependant de souligner le service que vous y rendez au bénéfice de la promotion du savoir-faire et de la qualité Française; et cela dans des conditions exceptionnelles de convivialité qui ajoute encore au plaisir que nous avons, Français et Andorrans, à nous retrouver ensemble autour d’une même table. Tout comme la résidence où nous sommes ce soir, “La Guingueta” me semble être, à cet égard, un lieu privilégié de rencontre. Elle est “elle aussi” une ambassade de la France en Andorre .
J’en viens, maintenant, à la seconde facette de la personnalité de Jacques Muller.  Aprés, ou plutôt avec l’homme de métier, l’artiste. J’ai mentionné tout à l’heure votre rigueur professionnelle. Elle se double d’une âme d’artiste. Le restaurant que vous avez créé à Vichy se nommait le  “Violon d’Ingres “. Ce violon n’était pas votre cuisine qui, pour vous, ne saurait en rien se confondre avec une activité seconde; le violon, on le sait, ce n’est pas non plus le “piano” du chef. A “La Guingueta “, comme à Vichy, ce violon n’est pas dans l’assiette mais sur les murs. Votre “violon d’Ingres”, ce sont les traits et les couleurs, d’une étonnante fraîcheur, qui donnent vie aux aquarelles que vous composez. Elles sont, pour moi, un vrai bonheur, comme celle qui illustrait la carte de voeux que vous m’avez adressée le premier janvier dernier. Elles nous parlent de votre imagination et de votre créativité, qui sont naturellement aussi l’un des secrets de votre talent de chef. Votre tempérament d’artiste s’exprime de diverses façons. La cuisine en est une. Votre  “violon d’Ingres ” l’aquarelle, en est une autre. Je conçois que ces facteurs auraient pu être inversés. Vous eussiez alors été magicien de la couleurs tout d’abord, et seulement cuisinier par délassement. La vie en a décidé autrement. Cependant, tous deux, le ” piano “du chef et son “violon d’ingres”, participent ensemble au plaisir qu’offre le restaurant que vous tenez .
Un mot, pour terminer, concernant l’homme tout court, car le rayonnement et l’image de l’activité qui vous vaut la distinction dont vous êtes aujourd’hui honoré tiennent pour beaucoup à la marque personnelle que vous leur apportez. Il ne m’ appartient pas de parler au nom de votre famille ou de vos proches amis, mais je crois pouvoir dire que tous ceux qui vous connaissent apprécient votre attention aux autres, votre douceur et votre simplicité bienveillante. Vous donnez l’impression d’un homme qui vit avec bonheur le métier qu’il s’est choisi et qui, de plus, sait communiquer cette harmonie. Qui ne serait d’ailleurs sensible à ce qu’exprime la clarté affectueuse, et un brin amusée, du regard qui vous anime et que vous portez sur vos hôtes ?
Qu’il me soit permis, à ce propos, de rendre hommage à votre épouse, à la part discrète mais décisive qu’elle prend en toutes choses à votre activité quotidienne, et à l’équilibre dont elle est pour vous la source .

Je vous remercie de votre attention et vais, maintenant, remettre à Jacques Muller les insignes de Chevalier de l’Ordre National du mérite …


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